Friday 16 April 2021
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dakaractu - 2 month ago

Une chronique de l agir léger en temps de Covid. (Par Dié Maty Fall)

Au départ, il s agit d une banale affaire de mœurs qui surgit en plein début de la nouvelle année et pendant le couvre-feu imposé par les restrictions sanitaires imposées par la pandémie de la Covid-19.

Mœurs que ce déchirement entre l amour conjugal et les tentations libertines insurmontables d un être humain, parmi d autres, qui court après sa liberté pour ne trouver à la fin, que « l insoutenable légèreté de l être ». C est aussi le titre de l ouvrage éponyme, conte philosophique et roman d amour d un réalisme magique publié en 1984 chez Gallimard par l écrivain tchèque naturalisé français Milan Kundera.

Seulement, si Nesnesitelná lehkost bytí , le doux nom du roman paru dans la langue natale de l auteur prolifique, tient autant du roman d amour que de l essai, la dernière virée au sweet beauté tient, elle, davantage de la désinvolture de la condition humaine et de la cruelle farce d une tragédie. Car aux cotés de personnages dont la vocation première n était pas de brûler les feux de la rampe médiatique, l invraisemblable Madame Ndèye Khady Ndiaye et sa pulpeuse employée à tout faire, il n y avait pas de place dans l histoire pour la frivolité et l égarement d un élu qui voulait le Royaume de Dieu sur la terre. D un archétype de l homme droit et fiable, qui s est employé avec la gravité et le sérieux d une douce tristesse onirique à dompter les jours et le soir venu, à déguiser l être en oubli.

Alors que Kundera décrit l invasion de Prague par les Soviétiques, en 1968, dans le contexte de la domination communiste des pays de l Est, le massage thérapeutique dépeint, lui, des sensations intimes et inexprimables par le verbe, d’assauts d’un autre genre. Alors que l invasion russe en Tchécoslovaquie fait basculer la vie des personnages du roman dans une période d’oppression politique, les séances professionnelles dans la boutique de massage de la Madame Ndèye Khady sont plutôt bâties sur des tourments perpétuels et des ressentis singuliers. Où s arrête le sérieux ? Où commence le frivole ? Laquelle de ces qualités de l être , de la gravité ou de la légèreté, correspond le mieux à notre condition humaine? Ou bien lui sont-elles paradoxalement toutes attachées ? Au retour de ces moments d égarement, les destins des protagonistes qui gravitent autour du personnage central, pivot de l histoire, en sont nécessairement affectés.

Avec la manière qui sied à la délicatesse et à la malice de chacun, à la dualité entre le corps et l âme de chacun des acteurs de ce vaudeville tragique. Il en reste que les nécessités du corps et les hasards de l âme, pourtant forcés de cohabiter au sein de l être, ne sont pas sans entraîner quelques discordes.

A cette époque où la politique prend une place prégnante dans la vie privée, l intrusion et les digressions de l inconséquence humaine ne semblent pas pouvoir se concrétiser dans le concept de l éternel complot. Concept commode lors du retour du moment d’égarement et pour mieux le dépasser.

Cependant, tels les chars de Varsovie, le rouleau compresseur de l histoire avance sans se soucier des individus, ni de l illusion qu ils ont de croire qu ils font des choix. Dans cette question de la légèreté et de la pesanteur appliquée aux actes, le choix de vouloir vivre son vrai moi, en dehors de tout carcan, a le visage émouvant de n importe quelle autre faiblesse humaine. Cherchant à échapper aux normes pour mieux laisser s épanouir ce qu il croit être son désir, le comportement de l élu a manqué pourtant d’esprit et de grâce, autant que de délicatesse et de malice. Il indiquerait une dimension psychologique d un être en souffrance dont l agir est léger. La possibilité d’une incommunicabilité sur une oppression sexuelle. ? L envers d une médaille à double face ? Si malice de métèques comploteurs il y a, il n’en reste pas moins que c’est l’irréfutable contribution de la proie qui a permis aux mâchoires du piège de claquer sur une frivolité démasquée.

Pas vu, pas pris, devrait inciter à ne pas ricaner, à rester charitables. Mais ici, la vertu agonisante s’en va quêter une tournure politique en pleine tourmente, oubliant la dimension psychologique de la condition humaine. Celle de l envers de la médaille, qui interroge sur la dualité entre le corps et l’âme, et nous pousse à essayer, devant le miroir, de voir son âme derrière son apparence corporelle.




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